Haro jacobin sur les PPP

public-prive1.jpgUne tentative de dénigrement (organisée ?) des CPPP – Contrats de Partenariat Public Privé – se fait jour insensiblement. Même notre excellent magazine professionnel, Le Moniteur, s’en fait l’écho : Les PPP? Une bombe à retardement!

Il est vrai que le temps politique actuel n’est pas à la libéralisation économique. Il est vrai que le temps politique actuel est plutôt à la sauvegarde tous azimuts de la toute puissance administrative jacobine. Dans l’idéologie ambiante au pouvoir, la vertu est à l’Etat et à ses fonctionnaires et le vice est au privé et à ses salariés.

Passons sur cet idiome idiot. Il passera, comme toutes les idioties.

Notons cependant que son corolaire, superbement  tristement, mis en valeur par les détracteurs de toute forme d’association entre le public et le privé, comme les auteurs de cette tribune, est que les élus sont des incapables, des piètres gestionnaires, sans aucune capacité à résister à des affreux businessmen rapaces. Fichtre !

Certes, il y a peut-être des élus incapables. Après tout, il y a bien des électeurs incapables.

Cependant, et pour avoir derrière moi, 20 ans d’expérience professionnelle au contact des élus sur des projets immobiliers structurants, pour avoir été formé à l’immobilier de l’économie mixte à la SCET, filiale de la Caisse des Dépôts (pas franchement une « boite de tueurs »), pour y avoir connu alors Robert Lion (pas franchement un affreux capitaliste avide), et pour travailler encore avec des élus chaque jour que Dieu fait, j’ai heureusement, d’eux, une bien autre image.

Mes élus, mes interlocuteurs élus, mes partenaires élus, sont tous avisés, sont tous très comptables des intérêts financiers de leur collectivité locale, sont tous soucieux du bien-être à long terme de leurs administrés, sont tous de sérieux négociateurs occupés à ne pas laisser au « privé » la plus belle part financière. Est-ce donc que mes activités professionnelles se déroulent au sein d’un pays imaginaire ? Non pas. C’est en France aujourd’hui. Est-ce donc que mes interlocuteurs élus sont des businessmen dans le privé ? Non pas – ça se saurait s’il y avait beaucoup d’hommes politiques français issus du privé – l’un est professeur, l’autre est infirmier, l’autre encore est fonctionnaire des impôts…

Non, non et non, le PPP n’est pas une bombe à retardement, comme ne le furent pas la concession, l’affermage, les SEM, le METP. Il est une évolution saine, avisée, performante pour associer les intérêts privés et les intérêts publics autour d’un projet complexe nécessitant la réunion des deux, pour l’intérêt supérieur de la collectivité et de ses administrés. Il est le moyen de sortir des raideurs sclérosantes de la loi MOP pour des dossiers où celle-ci n’est pas adaptée ou performante. Il est une très bonne forme de collaboration dans cette France, définitivement installée dans un monde financier international –mondialisé dit-on – n’en déplaise à quelques jacobins rétrogrades.

Cette tribune véhicule les mêmes poncifs aberrants qu’il y a 20 ans à propos des concessions ou d’autres formes précurseurs du PPP. A l’époque les mêmes auraient voulu que les autoroutes soient financés immédiatement par la collectivité. Aurions-nous eu autant d’autoroutes ? Y aurait-il eu un viaduc à Millau ? Aurions-nous le tunnel sous la manche ?

Le PPP permet d’engager des dépenses publiques en les faisant financer par le privé. Dans l’esprit, en quoi est-ce différent que la concession où même pire de l’endettement  des collectivités auprès des banques… privées ?

Les détracteurs du PPP sont-ils aussi des détracteurs  aussi zélés des subventions ?

J’ai eu l’occasion de financer des projets privés sur des terrains privés, vendues à des investisseurs privés, donc pour des gains privés, en partie grâce à des subventions… publiques. Telle collectivité aura ainsi financé 15% de mon projet, au motif notamment qu’il crée de l’emploi.

Nos anti-PPP s’époumonent-ils à propos de ces subventions ? Non.

Pourquoi ? Est-ce plus avisé de « dilapider » l’argent public dans un projet privé promesse d’emploi sans aucune contrepartie que de l’investir dans des immeubles en le versant sur plusieurs années? Car après-tout, mon partenaire élu, et je – comme les propriétaires privés de l’immeuble en question – lui en suis reconnaissant, a permis la réalisation d’un équipement structurant pour sa collectivité. Seulement, sa collectivité n’en tire aucun droit immobilier, aucun droit réel. Si cet équipement, qu’à Dieu ne plaise, périclitait, elle ne pourrait pas en maîtriser le devenir. Elle ne pourrait pas le réorienter. Elle ne pourrait pas avoir le pouvoir qu’aurait dû lui conférer ses 15% de financement.

Ne croyez-vous pas que mon partenaire élu aurait été mieux inspiré d’investir ses 15% en les versant dans le temps et en en tirant une propriété tangible, comme le ferait tout un chacun finançant 15% d’une opération immobilière ?

Trouvez-vous normal qu’en cas de difficulté, ce soit la banque privée, pour un montant à peine supérieur, qui bénéficie d’une sauvegarde immobilière de 1er rang ?

Les auteurs de cette tribune le pensent. Ils le pensent car ils prennent mon partenaire élu pour un incapable. Et pourtant, dans le même temps, ils n’ont que de critiques acerbes à propos de la banque de l’exemple.

Cette querelle est donc bien puérile.

Non les PPP ne sont pas, non plus, une jungle déréglementée. Les contrôles à priori, la complexité des procédures, les mises en concurrence obligatoires sont au contraire autant de garant de la réussite saine des PPP. Croyons-nous sérieusement que les errements de quelques élus – ceux des Bouches-du-Rhône notamment sous la lumière actuellement – ne sont pas simplement le fait de leur propre responsabilité ? N’y a-t-il pas de détournement ou de gaspillage dans le seul cadre du sacro-saint public-public ?

Il est temps que la France sorte de ce manichéisme débile entre des fonds privés qui ne seraient tournés que vers le vice et des fonds publics sois-dits vertueux.

Vive le PPP ! Et de toute façon, il s’imposera aux français, par nécessité, par évidence, nonobstant les réticences de quelques jacobins criant à la perte de leur faux pouvoir.

conjoncture juridique investissement financier

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